24 juillet 2017

[Mgr Fellay - FSSPX Actualités] A la messe, Jésus-Christ et le prêtre sont un seul (sermon)

SOURCE - Mgr Fellay - FSSPX Actualités - 8 juillet 2017

Extraits du sermon de Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, lors de la première messe de l’abbé Ian Palko, le 8 juillet 2017, ordonné prêtre la veille, au séminaire Saint-Thomas d’Aquin à Dillwyn, en Virginie (Etats-Unis).

(A l’occasion de cette cérémonie) je parlerai des fruits de la messe, de ses effets, de ce qui se passe, de ce pour quoi le prêtre est consacré.
Adoration
La messe est avant tout un acte d’adoration. C’est notre premier devoir en tant que créatures. Notre tout premier devoir envers Dieu, c’est de l’adorer. C’est le premier commandement : « Tu adoreras Dieu seul ». Cet acte d’adoration signifie que nous reconnaissons la totale souveraineté de Dieu sur nous. Non seulement nous la reconnaissons, mais nous nous y soumettons. Cependant en tant qu’êtres humains, en tant que créatures, notre adoration sera toujours limitée par nos facultés, car nous sommes nous-mêmes limités. Nous pouvons offrir le meilleur de nous-mêmes, mais ce sera toujours limité.

La seule adoration illimitée, provenant de la seule personne qui ne soit pas limitée, c’est l’adoration de Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce qu’il est Dieu, parce qu’il est infini dans sa divinité. L’adoration qu’il rend à Dieu avec son âme et son corps est infinie. A la messe, en ce moment unique, il y a un acte infini d’adoration qui, de l’autel, s’élève tout droit vers le ciel, au-delà de l’espace et du temps, directement vers Dieu. Cet acte est réellement proportionné à l’adoration due à Dieu : rien ne limite, ne réduit, ne restreint cet acte infini. A la messe donc, cher ami, vous êtes face à l’infini, face à cette adoration infinie. En assistant à la messe – grâce et par le prêtre –, nous pouvons vraiment rendre à Dieu un acte d’adoration qui Lui convienne pleinement.
Action de grâce
Il en est de même avec l’action de grâce ; c’est le second fruit. Chaque messe est une action de grâce. Nous devons remercier ; nous y sommes obligés en tant que créatures, car nous avons tout reçu de Dieu, absolument tout. C’est pourquoi nous devons remercier ; c’est juste. Nous devons exprimer notre gratitude. En théologie, on sait que la justice signifie que nous devons donner en retour de ce qu’on a reçu, à égalité stricte. Si nous recevons un don, nous devons donner en retour. Si l’on veut acheter un pain, par exemple, on doit le payer ; c’est justice.

Mais on voit qu’il y a une partie dans la justice où l’on ne peut jamais rendre à égalité ce que l’on a reçu. Nous avons reçu de certaines personnes, de notre patrie, de nos parents, certains biens que nous ne serons jamais capables de payer en retour, à égalité. Et cette partie de la justice qui est la plus noble, cette impossibilité de payer totalement en retour : c’est la vertu de religion, notre relation à Dieu. Nous lui devons infiniment, parce que de lui nous avons tout reçu. C’est Dieu lui-même qui l’a dit : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1Co 4,7) Tout ce qui est bon en nous, nous l’avons reçu de Dieu. Et notre devoir de reconnaissance est à ce même niveau, mais jamais nous ne serons capables de remercier comme nous le devons. Jamais ! A la messe cependant, nous le pouvons : l’action de grâce de Notre Seigneur, adressée de l’autel directement à Dieu, n’a pas de limites, elle est infinie.
Satisfaction pour nos péchés
Le troisième fruit est la satisfaction, la réparation pour nos péchés. Il est vrai que la satisfaction que Notre Seigneur réalise sur la Croix est infinie, bien entendu, mais le bénéfice, le pardon dépend de nous. Jusqu’à quel point recevrons-nous le pardon de Dieu, comment recevrons cette assurance de Dieu qui nous dit : « je te pardonne ; tes péchés n’existent plus » ?

Tous les sacrements viennent de l’autel. Le baptême satisfait de manière parfaite. Nous le savons, il ne supprime pas seulement le péché originel. Le baptême pour un adulte supprime tous les péchés de sa vie passée, ils ne sont pas seulement pardonnés, mais supprimés comme s’ils n’avaient jamais existé. C’est pourquoi ce baptisé n’est pas tenu à réparer ses péchés : un adulte, mourant juste après son baptême, va tout droit au ciel parce qu’il n’a pas de péché à réparer. Telle est l’efficacité non seulement du baptême, mais de la messe ; car toute l’efficacité des sacrements vient de la messe. Les sacrements sont comme des tuyaux, des canaux qui déversent sur nous depuis l’autel, la grâce dont la fontaine est ici. C’est la messe ! Et notre grand et saint théologien, saint Thomas d’Aquin, enseigne que nous recevons le fruit de la réparation selon le degré de notre dévotion.

Ainsi donc, quand nous venons à la messe, si nous préparons notre messe, si nous préparons notre âme pour la messe, nous recevrons davantage. Cela ne fait aucun doute. C’est pourquoi Pie XII disait que la meilleure manière d’assister à la messe, c’est de l’embrasser tout entière, c’est-à-dire de faire siens non seulement les sentiments, mais les pensées, l’intention, les désirs qui animaient le Cœur de Notre Seigneur quand il montait au Calvaire. Plus on s’unit à Notre Seigneur sur le chemin du Calvaire, plus on se prépare à assister à la messe, plus on est uni avec le Seigneur dans son action, dans sa satisfaction pour les péchés. Nous savons que le péché a détruit le plan de Dieu, le plan initial de Dieu pour nous. Le péché a fermé les portes du ciel, nous a rendu ennemis de Dieu, nous a dépouillé de la grâce, de la vie divine en nous. C’est ainsi que nous naissons sur terre. Et il était impossible à l’homme de réparer. L’homme n’aurait jamais pu, même avec la meilleure volonté, réparer le dommage causé. Il était nécessaire qu’une personne infinie, d’une valeur et dignité infinies, réalise cette réparation. Seul Notre Seigneur pouvait le faire ; et il l’a fait, il a réparé pour nous. La Sainte Ecriture est très claire : « Il a porté nos péchés en son corps sur le bois » (1P 2,24). Sur la Croix, – le réalisons-nous assez ? –, il reçoit toute la colère de Dieu contre le péché, celle qui nous était méritée pour nos péchés. Il la prend sur lui. Ce qui se passe dans son âme à cet instant est indescriptible. Lui, l’innocence même, il prend sur lui, à ce moment-là, nos péchés comme s’il en était coupable. Et en assumant cette culpabilité, il la détruit par sa mort sur la Croix ; voilà ce qu’il a fait pour nous!
Prière
Enfin le quatrième fruit de la messe qui est aussi illimité, c’est la prière. Notre Seigneur prie. Sa prière en soi est infaillible. Tout ce que le Fils demande au Père, il l’obtient. Bien sûr ! Le contraire est impossible. Et à l’autel, cher ami, il est tellement uni à vous que tous vos ennuis, vos soucis, vraiment tous vos besoins, il les prend et les fait siens ; non pas seulement le péché, mais tout le reste. Il vous aime : il partage vos inquiétudes, vos soucis. Il prend tout et le porte à l’autel. Je dis Jésus, mais quand je dis Jésus, je dis le prêtre. Comprenons bien, ne faisons pas de distinction ici. Ils sont un : Jésus et le prêtre ! Même en prenant un couteau, il serait impossible de couper et de les séparer, car ils sont un. Il prend donc tout ce dont on se soucie.

Où est donc la limite ici, si sa prière est infinie ? Nous l’expérimentons pourtant tous les jours : nos demandes ne sont pas toutes exaucées : quelques-unes le sont, d’autres ne le sont pas. D’où vient donc la limite ? Non pas du côté de Dieu, quoique dans un certain sens on peut dire que oui. Regardez ce qui se passe dans le cas d’un petit enfant qui demanderait à un adulte une chose qui serait considérée comme péché. Est-ce que cet adulte, avec tout l’amour qu’il a pour l’enfant, va la lui donner ? Bien sûr que non, parce qu’il sait que cela lui causerait du mal. Ou s’il s’agit de quelque chose pour lequel l’enfant n’est pas prêt ; il ne lui sera pas donné maintenant ou de la façon réclamée. Il recevra quelque chose, mais non pas exactement ce qui était demandé. Telle peut être la limitation posée par Dieu à nos prières. C’est précisément pourquoi, il importe de notre côté, autant que nous le pouvons, de correspondre à la volonté de Dieu. Plus nous y correspondons, plus nous obtenons ce que nous demandons. Si nous demandons des choses mauvaises, il ne nous les donnera pas, parce qu’elles nous feraient du mal. Quelquefois nous nous trouvons en face d’un grave dilemme.

Le Seigneur apparut un jour à sainte Gertrude qui le suppliait de guérir l’une de ses chères amies. Il lui dit combien il était partagé : « Vois-tu, tu me demandes de délivrer ton amie de sa maladie. Et pourtant, grâce à cette maladie, elle a fait de tels progrès dans la vertu, dans l’amour de Dieu. Que ferai-je donc ? La délivrer ? La priver d’autres progrès ? » C’est ce que sainte Thérèse de l’Enfant Jésus avait compris à la fin de sa vie. Elle avait vu que tout ce qu’elle demandait, elle l’obtenait. Bientôt elle arrêta ses requêtes, pensant : « si je demande ce que je ne devrais pas et l’obtiens, ce n’est pas une bonne solution ». Alors elle se contenta de laisser les choses entre les mains de Dieu.

Nous voyons qu’il y a ici quelques limitations posées à notre prière. Attention, cela ne veut pas dire que Dieu n’écoute pas ! Bien sûr qu’il nous écoute et qu’il donne ; non pas ce que nous voulons, mais ce dont nous avons besoin. Une prière sans réponse n’existe pas, mais nous ne recevons pas nécessairement ce que nous désirons ou ce qui nous paraît bon.

Comprenons bien que la prière la plus efficace qui puisse jamais être offerte à Dieu, c’est à la messe qu’elle s’exprime, grâce et par le prêtre.
Titre et intertitres de la rédaction. Pour conserver aux extraits de ce sermon leur caractère propre, le style oral a été maintenu.

[Pierre Labat - Rivarol] Rome et la Fraternité Saint-Pie X : le jeu de l’oie

SOURCE - Pierre Labat - Rivarol - 20 juillet 2017

Le feuilleton des relations de Rome et de la Fraternité Saint-Pie X n’en finit pas d’agiter Tradiland. Jusqu’ici François avait multiplié les gestes apparemment favorables aux traditionalistes. Le dernier en date donne les règles pour que les mariages bénis par la Fraternité Saint- Pie X jouissent d’une «juridiction officielle». Mgr Bernard Fellay, actuel supérieur de cette Fraternité, s’en était réjoui publiquement. Ses prêtres n’étaient pas du même avis. L’évêque suisse avait dû faire face à la fronde des doyens du district de France qui, dans une lettre lue à leurs fidèles le 7 mai 2017, ont rejeté les dispositions prévues. Une pétition s’y opposant avait recueilli près de 700 signatures en quelques semaines. Les nombreux commentaires des signataires montraient l’exaspération des fidèles face aux intrigues de l’équipe de Menzingen. Pour tenter de sauver sa négociation et son autorité, Mgr Fellay a frappé les prêtres récalcitrants de sanctions très dures. L’abbé de La Rocque, prieur de Saint-Nicolas- du-Chardonnet, a ainsi été expédié dans l’île de Mindanao aux Philippines qui est agitée à la fois par l’indépendantisme musulman et par la guérilla marxiste et maoïste. Le groupe Abou Sayyaf de l’Etat Islamique, spécialisé dans les enlèvements, vient d'y exécuter un otage allemand. L’île est classée «territoire déconseillé» par les services diplomatiques français. 
     
Cette gestion autoritaire des troupes n’est pas nouvelle. Le chemin de Mgr Fellay est jonché du corps de ses opposants internes qu’il exile aux quatre coins du monde, quand il ne les renvoie pas purement et simplement comme Mgr Richard Williamson.
     
Le Supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, malgré ses multiples actes d’allégeance au Vatican, vient de prendre une douche froide. Le 27 juin le “cardinal” Müller lui a fait part de la décision “unanime” de la Commission Ecclesia Dei, avec l’approbation de François : il n’y aura pas de régularisation sans une adhésion pleine et entière au concile Vatican II. Chaque membre de la Fraternité Saint-Pie X devra : 1° faire profession de foi dans la forme de 1988, 2° accepter explicitement les enseignements du Concile Vatican II et de la période post-conciliaire, 3° reconnaître, non seulement la validité, mais aussi la légitimité de la nouvelle messe et des sacrements de Vatican II. Visiblement embarrassée, la Fraternité Saint-Pie X tarde à communiquer. 
     
Le 29 juin, prenant la parole devant ses prêtres après le déjeuner des ordinations à Ecône, Mgr Fellay a parlé de «coup de massue» et fait part de sa déception : «C’est comme dans le jeu de l’oie. On était presque arrivé au but, et nous sommes tombés sur la case : retour à la case départ. Voilà que tout est par terre, il faut tout recommencer à zéro.»
     
Tout ça pour ça? L’oie doit se méfier des renards. Ce nouvel épisode minable montre combien Mgr Fellay est aveuglé. A-t-il vraiment cru que la Fraternité Saint-Pie X pourrait réintégrer l’église conciliaire de François sans avoir à adhérer à Vatican II? Depuis près de 20 ans Mgr Fellay travaille à un accord “pratique” avec Rome. Il rêve d’une « prélature personnelle»: une Fraternité Saint-Pie X directement rattachée à François, jouissant d’une juridiction officielle tout en restant sur ses positions dogmatiques. Cet accord “pratique” est un leurre. La réaction brutale du “cardinal” Müller ramène Mgr Fellay à la réalité. Elle intervient après de longues années de négociations plus ou moins secrètes et en dit long sur les compromissions de Menzingen pendant ce jeu de l’oie...
     
Mgr Fellay n’a plus la confiance de ses prêtres ni celle des fidèles. Désormais il est rabroué par Rome. Son mandat arrive à échéance l’an prochain. Qu’il se retire et fasse pénitence.
     
Pierre LABAT.

[Yves Chiron - Aletheia] André Lesage, dit "Marquis de la Franquerie"

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia - 20 juillet 2015

André Lesage [1901-1992], qui signait ses livres « Marquis de la Franquerie », aura influencé plusieurs générations de catholiques par ses écrits à la tonalité providentialiste, pour ne pas dire apocalyptique. Certains de ses livres sont régulièrement réédités. J’évoquerai plus loin ses deux ouvrages les plus connus, mais il faut commencer par dire un mot du personnage.
Un pseudonyme littéraire
André-Henri-Jean Lesage est né le 15 juin 1901 à Paris, fils de Henri-Jean Lesage, docteur en droit, et de Louise-Alexandrine-Eugénie Martin1. André Lesage a fait des études de droit, était diplômé de l’École des Sciences politiques et de l’École du Louvre. Il fut un moment rédacteur en chef de la Revue internationale des sociétés secrètes, fondée en 1912 par Mgr Ernest Jouin [1844-1932] et qui parut jusqu’en 1939. Il a collaboré aussi, dans les années 1920 et au début des années 1930, à la Gazette française, organe royaliste indépendant de l’Action française, et au Bloc Anti-révolutionnaire. Il s’est surtout fait connaître comme conférencier et écrivain.
Le spécialiste de la noblesse et de la fausse noblesse Pierre-Marie Dioudonnat note : « Après la première guerre mondiale, [il] s’établit dans le département du Gers, au château de Villeneuve, à Bétous, puis au château de la Tourre, à Condom. André Lesage prit l’habitude d’ajouter à son patronyme le nom de La Franquerie et y joignit encore celui de La Tourre »2. Quelques recherches permettent d’aller plus loin.
En 1926, André Lesage signera son premier livre : « A. L. de la Franquerie » (L. pour Lesage). Puis il usera habituellement du nom de « Marquis de la Franquerie ». Ce patronyme « de la Franquerie » n’était-il qu’un pseudonyme ? A sa mort, le 8 août 1992, sa famille fera publier un faire-part annonçant le décès du « marquis Le Sage de la Franquerie, camérier secret du Pape ». Mais la mairie de la commune où est décédé l’auteur, La Chapelle-Hermier, en Vendée, ne reconnaîtra pas ce patronyme et enregistrera le décès de « LESAGE André, Henri, Jean ».4
C’est André Lesage, après son mariage avec Renée-Yvonne de Boisé de Courcenay le 18 octobre 1926, qui avait ajouté « de la Franquerie de Beslon » à son patronyme de naissance. Dès 1930, un ouvrage consacré aux « anciennes familles de France » indiquait que la famille Lesage avait été autorisée « à relever les noms et titre de la maison » de La Franquerie de Beslon : « Au XIXe siècle, la dernière héritière des La Franquerie de Beslon épousa un Havard. À la suite d’un accord intervenu entre leurs descendants, MM. Havard ont renoncé à relever les nom et titre de la maison en faveur de leur cousin, M. Henri-Jean Lesage, qui occupe une situation en vue dans la grande industrie française, et a épousé Mlle Martin-Havard »5.
Cette explication présente deux difficultés. L’état civil, nous l’avons vu, n’a jamais reconnu à André Lesage cet ajout patronymique. Qui plus est, on ne trouve aucune trace de cet « accord » survenu entre les Havard et les Lesage. Le musicographe et biographe Denis Havard de la Montagne relève : « je puis affirmer, sans possibilité d’erreur, que parmi les ancêtres d’André Lesage et de ses cousins Havard il n’y a jamais eu un quelconque mariage entre un Havard et une de la Franquerie. Je connais en effet leur ascendance Havard jusqu'au XVIe siècle ! Je vous avoue que cette histoire des Havard qui auraient renoncé à relever les nom et titre de la maison de La Franquerie de Beslon me laisse plus que perplexe, d’autant plus que cette famille de la Franquerie de Beslon est totalement inconnue des ouvrages spécialisés.6»
Le patronyme et le titre de marquis de la Franquerie doivent donc être considérés comme un pseudonyme littéraire et non comme une appartenance de l’auteur à l’ancienne noblesse française.

C’est abusivement aussi qu’André Lesage s’est présenté comme un « ami » du pape Pie XII, arguant de son appartenance « à la Cour pontificale comme Camérier Secret et Gentilhomme de Sa Sainteté ». A lire le petit livre qu’il a publié sur Pie XII – texte d’une conférence faite en 1972 –, le lecteur pourrait croire qu’André Lesage a fréquenté de manière habituelle le Vatican durant le pontificat de Pie XII et qu’il avait un accès presque familier au Pape. « Je considère, écrit-il, comme l’un des honneurs de ma vie et l’une des plus grandes grâces que Dieu m’ait accordées de l’avoir approché si souvent.7 »
Le titre de « camérier secret » ne doit pas faire illusion. Il ne signifie rien s’il n’est pas plus précisément qualifié. En effet, à l’époque de Pie XII (et jusqu’à la réforme introduite par Paul VI), il y avait trois types de camériers secrets :
. les camériers secrets participants, au nombre de 6 à 9 selon les époques. Il s’agissait exclusivement de prélats, au service direct du pape, qui formaient un collège présidé par un cardinal ;
. les camériers secrets surnuméraires de Sa Sainteté, tous prélats également. Ils étaient plusieurs centaines. La fonction était honorifique et les titulaires n’exerçaient pas habituellement un service direct auprès du pape ;
. les camériers secrets de cape et d’épée de Sa Sainteté. Cette fois il s’agissait uniquement de laïcs. C’est ce titre qui a été attribué à André Lesage à partir de 1939. Ce titre aussi était honorifique et n’impliquait pas un service régulier au Vatican, et encore moins une proximité avec le pape. Les camériers secrets de cape et d’épée étaient plusieurs centaines – la liste était publiée chaque année dans l’Annuario Pontificio – et bien peu étaient appelés à faire quelques jours de service au Vatican. Ces camériers secrets de cape et d’épée ne doivent pas être confondus avec les Gardes Nobles qui, eux, accomplissaient à tour de rôle un service plus immédiat auprès du Pape.
On ajoutera que dans sa conférence de 1972 sur Pie XII, devenue le petit livre déjà cité, André Lesage n’apportait guère d’informations nouvelles, citant abondamment l’ouvrage de Mgr Georges Roche et de Philippe Saint-Germain qui venait de paraître (Pie XII devant l’histoire, R. Laffont, 1972). Et il ne rapportait aucun entretien significatif avec ce Pape qu’il disait « avoir approché si souvent ».
La Mission divine de la France
Son premier ouvrage, La Mission divine de la France (1926, 232 p.), reste son livre le plus connu, régulièrement réédité.
L’ouvrage était préfacé par Mgr Jouin qui saluait le « jeune écrivain » – André Lesage avait 25 ans. Mais il notait aussi, comme un discret reproche : « il ne se pique, dans le choix de ses documents ni de sévérité critique ni d’érudition oiseuse ». Cette rigueur insuffisante restera une des caractéristiques des écrits du « marquis de la Franquerie ».
Par exemple, il évoquait à l’appui de ses thèses le supposé « testament de saint Rémi » ; tandis que Mgr Jouin, dans la préface citée, en relevait le caractère « légendaire » (p. 7).
Le « marquis de la Franquerie » exposait dans ce livre une thèse qu’il ne cessera de développer par la suite : la France a une mission particulière, une « mission divine » prouvée notamment par le pacte de Tolbiac, la sainte Ampoule, le testament de saint Rémi, les « miracles des rois de France ». Les « fautes » des rois de France, expliquait aussi La Franquerie, ont toujours été suivies de « châtiments » et, comme le dit le dernier chapitre, « le plus grand châtiment [est] la République ».
Cette conviction que la France a une « mission divine » trouvera un développement qui n’avait rien d’historique. La Franquerie affirmera en effet, dans un autre ouvrage : « Cette mission avait été dévolue au peuple Juif de l’ancien Testament ; mais à partir du déicide, ce peuple fut maudit et son caractère de nation élue de Dieu fut reporté sur la France avec toutes les grâces et toutes les faveurs qu’entraîne une telle prérogative.8 »
Le marquis de La Franquerie donnera un autre clef explicatrice de son affirmation d’une mission divine de la France : les rois de France seraient les descendants des rois de Juda, ils ont donc une « parenté » avec la Vierge Marie et Jésus. Il a exposé cette thèse dans diverses conférences et dans deux ouvrages : Le Caractère sacré et divin de la royauté en France (Éditions de Chiré, 1978, 202 p. ; 2e édition, Éditions Saint-Remi, 2015) et Ascendances davidiques des rois de France et leur parenté avec Notre Seigneur Jésus-Christ, la très sainte Vierge Marie et saint Joseph (Éditions Sainte-Jeanne d’Arc, Villegenon, 1984, 79 p.).
Cette thèse avait été soutenue par certains auteurs aux XVIe et XVIIe siècle puis reprise à la période contemporaine par le comte de Place dans ses Problèmes héraldiques (Bourges, 1900). Il est à noter que le même auteur avait publié précédemment un volume sur la fin des temps : Prophétie de saint Malachie. Les dix derniers papes. L'Antéchrist (Paris, Vic et Amat, 1894, 28 p.). Double thématique que reprendra celui qui signait marquis de la Franquerie.
Cette affirmation d’un lien généalogique entre les rois de Juda et les rois de France ne repose sur aucune démonstration historique probante. Elle suppose une continuité qu’aucun historien n’oserait soutenir aujourd’hui : rois de Juda – rois de Troie – Mérovingiens – Capétiens. La Franquerie, pour convaincre ses lecteurs, s’appuyait sur les révélations faites par « plusieurs âmes privilégiées ».
Divers témoignages historiques – le cérémonial du sacre du roi de France, la galerie des 28 rois de Juda qui se trouvait au-dessus des portails de Notre-Dame de Paris9, une abondante littérature – montrent que les rois de France « se sentaient enracinés dans la Bible et qu’ils se voulaient continuateurs des rois de Juda »10. Mais c’était une continuité spirituelle et une analogie, certainement pas une continuité par le sang.
Hervé Pinoteau, éminent spécialiste d’héraldique, de vexillologie et de phaléristique, avait consacré une note très sévère aux Ascendances davidiques du marquis de la Franquerie. Il déplorait notamment : « Tout un pieux public accepte sans doute ces crétineries bien inutiles pour la foi, et qui sont accompagnées d’un texte rempli d’erreurs historiques grossières, ainsi que de citations fausses. Le plus beau est que le ”marquis” utilise un ouvrage britannique du même tonneau, destiné à glorifier outre-mesure la Grande-Bretagne et ses rois issus de la maison de Juda... »11.
Le Saint Pape et le Grand Monarque
André Lesage a attaché aussi une grande importance aux textes prophétiques et aux « révélations » reçues par des « âmes privilégiées ». Il en a tiré la conviction que la France et l’Église seront sauvées par un « Saint Pape » et un « Grand Monarque ». « Nous avons une certitude, écrivait-il : celle de la venue imminente du Saint Pape et du Grand Monarque qui sauveront le monde du désastre irrémédiable et le replaceront dans l’ordre voulu par Dieu ».
Cette « certitude », qu’il fondait sur « plus de cent prophéties », il l’a exposée en 1980 dans une conférence dont il a tiré une brochure : Le Saint Pape et le Grand Monarque d’après les prophéties. Cette brochure, rééditée en 2005, vient de faire l’objet d’une 3e édition12.
En 1980, le marquis de la Franquerie affirmait que « ces deux personnages à venir » sont « déjà vivants quoiqu’encore inconnus » (p. 6). Le Saint Pape s’appellera « Grégoire XVII », sera « français de naissance » et « pourrait descendre lui aussi de Louis XVII », comme le Grand Monarque (p. 28).
En rééditant ce livre, trente-cinq ans plus tard, l’éditeur n’a cru devoir faire aucun correctif ou mise au point. Le lecteur sera donc plus que perplexe en lisant des prophéties qui ne se sont pas réalisées : ainsi de l’invasion de la France par la « Russie soviétique » (p. 22) ou « Jean-Paul II serait le dernier pape du temps des nations et que son Successeur et le Grand Monarque assureraient le grand triomphe de l’Église qui se perpétuerait sous leurs successeurs. Telle est du moins ce que nous pensons et souhaitons » (p. 30).
Le marquis de la Franquerie alignait les citations de « prophéties ». S’il citait le nom des auteurs, il ne donnait jamais la référence des textes cités. Il prenait à la lettre toutes les affirmations des âmes privilégiées, sans se soucier de les contextualiser ou de les interpréter.
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  1. Archives numérisées de Paris, état civil du 9e arrondissement.
  2. Pierre-Marie Dioudonnat, Le simili-nobiliaire français, 2010, p. 510.
  3. Le Figaro, 10 août 1992.
  4. Mairie de La Chapelle-Hermier, registre d’état civil de 1992.
  5. André Guirard, Les Anciennes familles de France. Leurs origines, leur histoire, leurs descendances, Boivin & Cie éditions, 1930, t. I, p. 94.
  6. Lettre de Denis Havard de la Montagne à l’auteur, le 19 juillet 2015.
  7. Marquis de La Franquerie, Un grand et saint pape qui aimait la France. S.S. Pie XII tel que je l’ai connu, Éditions de Chiré, 1980 (2e éd.), p. 5.
  8. Marquis de La Franquerie, Mémoire pour obtenir le renouvellement de la consécration de la France à saint Michel, Chez l’auteur, 1947 (2e éd.), p. 6.
  9. En 1793, les révolutionnaires ont cru qu’il s’agissait des rois de France et les ont décapités. Les têtes ont été retrouvées en 1977 seulement, elles sont conservées au musée de Cluny.
  10. Hervé Pinoteau, « Méditation sur l’histoire nationale », Itinéraires, n° 234, juin 1979, p. 189. Qui cite aussi les papes : « La France est la tribu de Juda de l’ère nouvelle (Grégoire IX l’a dit à saint Louis) et elle semble même être un Israël de remplacement (comme le laisse entendre Clément V) ».
  11. Héraldique & Généalogie, n° 106, janvier-mars 1988, p. 120.
  12. Marquis de La Franquerie, Le Saint Pape et le Grand Monarque d’après les prophéties, Éditions de Chiré (86190 Chiré-en-Montreuil), 46 pages, 6 €.

[Gino Hoel - Golias] Messe en latin : la grande illusion

SOURCE - Gino Hoel - Golias - 20 juillet 2017

Summorum Pontificum, motu proprio de Benoît XVI libéralisant la messe de Pie V (elle est devenue la « forme extraordinaire » du rite latin, à côté du rite conciliaire de Paul VI, « ordinaire »), serait – dix ans après – une réussite, à en croire la presse catholique.

Ainsi en France avant la décision du pape allemand, une cent-vingtaine de messes tridentines étaient célébrées toutes les semaines ; en 2017, nous en sommes à 221. Bravo ! Merci Papa Ratzinger ! D’autant que beaucoup de jeunes y participent, on vient de loin parfois pour admirer le dos du prêtre récitant à voix basse Institution et Consécration, les doigts joints, avec un diacre et un sous-diacre pour l’assister, sans compter les enfants de chœur masculins en soutanelle rouge. L’encens permet de rappeler que nous entrons ici dans le Mystère ; la magie n’est pas loin, le sacré est partout. Il ne s’agit plus de célébrer la messe mais d’y assister, comme lorsqu’on va au cinéma, au théâtre ou au concert admirer un beau spectacle. On s’en met plein les yeux et les oreilles, on est au « théâtre divin »(1).

A l’époque, Benoît XVI voulait couper l’herbe sous le pied des intégristes. Il s’agissait de sortir la messe des discussions jamais interrompues entre Rome et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) fondée par Mgr Lefebvre, même après le schisme provoqué par ce dernier en 1988 avec l’ordination sans mandat pontifical de quatre évêques. De cette manière, le pape aujourd’hui émérite pensait que l’on se recentrerait alors sur les différends théologiques (entre autres l’acceptation de Vatican II). A juste titre mais ce fut une victoire à la Pyrrhus. Car ce motu proprio provoqua bien des dégâts : dans les diocèses, les paroisses, les séminaires… Il fallait désormais faire une place non seulement à l’usus antiquior mais aussi à l’idéologie qui va avec, celle de l’extrême droite catholique qui a vu dans cette décision une validation de ses thèses. Summorum Pontificum a accentué la désertion des chrétiens conciliaires pour qui, décidément, l’Eglise n’avait rien compris, qu’il valait mieux emprunter certains chemins de traverse, s’affranchir de cette institution ankylosée et terrifiée par l’avenir qu’elle ne comprenait pas (cela n’a pas changé), devenue inattentive aux signes des temps. Le motu proprio a juste permis de réunir les chrétiens tradis jusqu’alors isolés, parcourant parfois des dizaines, voire des centaines de kilomètres pour « assister » à la messe tridentine. « Ils part[irent] cinq cents mais par un prompt renfort, [ils] [se] v[irent] cinq mille en arrivant au port… »

Aujourd’hui, ces braves gens se réjouissent de ces jeunes séminaristes et laïcs empruntant les voies du traditionalisme qui a réponse à tout et surtout se positionne contre le monde. Pour ces jeunes sans repères ou en difficulté avec leur personnalité, la messe rubricisée, codifiée, où le prêtre agit en lieu et place du Christ avec ce sentiment de toute-puissance, est un cadre rassurant qui permet de soigner leur ego souffrant. Ces élus sont à part, choisis pour servir d’où la soutane (voire la barrette, ici et là), la défense de thèses réactionnaires, comme signes distinctifs qui conditionnent les rencontres. De fait, ce n’est pas pour rien que le nombre de prêtres diocésains baisse quand ceux de ces communautés augmentent : il ne reste plus que des fondamentalistes (on exagère à peine) pour choisir la voix presbytérale. Ceux qui ont opté pour le service d’un territoire ont conditionné leur engagement à l’agenda tradi (il s’agit de regarder sur les différents sites diocésains les dernières ordinations) et peinent avec les orientations pastorales définies par les évêques dans les diocèses, eux-mêmes submergés par ce déferlement romantique dans l’Eglise.
Mais cela leur permit de faire illusion. Car l’appel aux communautés tradis – comme la Communauté Saint-Martin, la Fraternité Saint-Pierre (FSSP) et l’Institut du Bon-Pasteur (IBP), pour ne citer que les plus célèbres – leur a permis de repousser les inévitables débats sur le ministère presbytéral, la formation et la place des laïcs, la place et le rôle des femmes dans l’Eglise… Il s’agit d’une vision à court terme qui – s’ils ne changent pas leur fusil d’épaule – risque fort d’isoler davantage encore l’Eglise sur les grands sujets (notamment politiques et sociétaux).

François voudrait abolir ce motu proprio avec la reconnaissance de la FSSPX qui serait la seule autorisée (à plus ou moins long terme) à célébrer l’ancien rite dans le cadre d’une prélature personnelle. Rien ne serait fait – les discours différents de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) déconcertent jusqu’à la Fraternité elle-même – et le renvoi de l’intraitable cardinal Müller, remplacé par l’archevêque jésuite Ladaria Ferrer, ne rassure pas les lefebvristes pour qui il s’agit d’un changement dans la continuité. Quoi qu’il en soit, abrogé ou non, Summorum Pontificum aura instillé un venin vivace dans les veines de l’Eglise qui n’en finit pas de l’empoisonner ; ce motu proprio n’était pas qu’un décret pontifical, il était aussi la légitimation des idées les plus obscures auxquelles Vatican II avait – on le croyait – définitivement tourné le dos. Dix ans après, Summorum Pontificum n’a rien réglé, il a au contraire accentué les difficultés, créé désordres et divisions ; le pire, c’est que ce n’est que le début !

Note : 1. Cf. Ph. Martin, Le théâtre divin – Une histoire de la messe XVIe-
XXe siècles, CNRS Editions, Paris, 2010.

[Jean-Marie Guénois - Le Figaro] Un quart des prêtres ordonnés en France sont issus des rangs traditionalistes

SOURCE - Jean-Marie Guénois - Le Figaro - 7 juillet 2017

Parmi la centaine de séminaristes français ordonnés en 2017, la mouvance traditionaliste n'est plus marginale.
     
C'est la saison des ordinations sacerdotales, mais avec 84 ordinations de prêtres diocésains en 2017, l'Église de France est inquiète. Même si l'on constate un léger progrès depuis les basses eaux de 2015, où seulement 68 prêtres avaient été ordonnés, la courbe, qui est passée sous la barre symbolique des 100 ordinations annuelles après les années 2000, indique qu'elle ne repassera pas le cap de la centaine avant longtemps. L'autre donnée de l'équation n'est pas plus réjouissante. Près de la moitié des prêtres diocésains en activité ont plus de 75 ans - 5410 exactement fin 2015 - pour 6217 prêtres de moins de 75 ans. Cet âge canonique marque normalement le départ à la retraite. Mais beaucoup de prêtres français continuent jusqu'à 80 ans. Voire jusqu'à 90 ans, comme le père de Mesmay, prêtre parisien qui a attendu cet âge pour prendre sa retraite! Il y a bientôt un an, le 26 juillet, le père Hamel était assassiné en pleine messe en Normandie à l'âge de 86 ans. Comme tant d'autres confrères, il avait tenu à continuer sa mission jusqu'au bout.
     
L'âge médian des prêtres français est ainsi de 74 ans, avec de fortes disparités régionales toutefois. La province ecclésiastique de Paris est la plus jeune, avec un âge médian des prêtres de 57 ans. Mais dans plusieurs diocèses ruraux, il se situe plutôt à 81 ans.
L'Église de France est confrontée à un phénomène de fond assez inattendu et que les statistiques officielles de l'épiscopat ne prennent pas en compte
À côté de ces courbes statistiques prévisibles depuis longtemps, l'Église de France est confrontée à un phénomène de fond assez inattendu et que les statistiques officielles de l'épiscopat ne prennent pas en compte. Il se trouve en effet qu'aux 84 prêtres diocésains ordonnés en France en 2017 - dont 25 viennent d'ailleurs de communautés nouvelles d'inspiration charismatique - il faudrait ajouter 22 jeunes prêtres français. Les uns ordonnés dans des structures lefebvristes (11 Français sur 23 ordonnés). Les autres dans le courant traditionaliste, comme la Fraternité Saint-Pierre (6 Français sur 19 ordonnés) et plusieurs autres instituts.

Ce qui signifie que sur la centaine de prêtres diocésains français ordonnés en 2017, près d'un quart sont explicitement inscrits dans une mouvance lefebvriste ou traditionaliste. Une tendance qui n'est plus marginale… mais qui reste marginalisée par la hiérarchie.
«Une génération inquiète»
Témoin, le succès étonnant de la communauté Saint-Martin de sensibilité très classique. Elle compte, à elle seule, 90 prêtres actifs et autant de séminaristes sans compter une année propédeutique qui attire beaucoup de jeunes. Tout comme des séminaires diocésains de styles classiques séduisent davantage aujourd'hui. Dans ce contexte, le dixième anniversaire du motu proprio de Benoît XVI visant à normaliser la messe en latin selon le missel de 1962, n'est pas totalement anecdotique. La tendance lourde du goût des jeunes catholiques pour une certaine tradition se confirme de plus en plus clairement.

Comment, dès lors, l'Église de France voit-elle l'avenir des vocations dans ce climat auquel il faut ajouter les effets de la crise pédophile? Secrétaire général adjoint de l'épiscopat, le père Pierre-Yves Pecqueux admet que «la période est difficile» mais que «le réveil est possible» si «nous avons assez d'audace pour proposer le chemin du ministère à des jeunes hommes pour la vie» et «si nous sommes assez porteurs de la joie de l'Évangile qui n'est pas un slogan, mais une contagion». Directeur du séminaire de Paris, le père Stéphane Duteurtre observe: «On a affaire, comme tous les contemporains, à une génération inquiète», mais «plusieurs centaines de garçons de grande qualité choisissent cette voie par amour du Christ. Ils ne sont pas une petite poignée en perdition!» Son confrère, le directeur du séminaire de Lille, le père Jean-Luc Garin, ajoute: «Le nombre des vocations est proportionnel au nombre de chrétiens fervents et actifs. N'oublions pas que nous assistons incontestablement à la naissance d'une “génération François” motivée par une réelle créativité missionnaire.»